Judaïsation du christianisme : le retour du shoffar

Connaissez-vous le shoffar ? C’est une sorte de trompette fabriquée à partir d’une corne de bélier, jadis utilisée dans le judaïsme et dont il est fait allusion à plusieurs reprises dans la Bible. Lorsqu’on voulait rassembler le peuple, communiquer une nouvelle, lancer un appel, on soufflait dans le shoffar (souvent rendu dans nos traductions par les mots trompette, cor).

Depuis quelques années, on a vu apparaître dans l’église quelques shoffars, le plus souvent ramenés d’Israël à la faveur d’un voyage. Il peut arriver qu’on les entende parfois dans des réunions de prière, d’intercession ou de louange, particulièrement aux moments dits « prophétiques » — mais uniquement dans des églises « branchées », bien sûr, parce que si la moyenne d’âge est trop élevée, on prend quelques risques cardiaques. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le phénomène, le son est un peu comparable à une corne de brume. Avec un shoffar breton, on peut s’y méprendre.

Quelle est la raison de cette apparition nouvelle dans l’Église ? L’usage du shoffar est présenté par quelques passionnés (le plus souvent proches du mouvement juif messianique) comme un exercice inspiré, un retour à une pratique éminemment biblique, une conformation volontaire à un modèle jugé plus authentique, une sorte d’instrument prophétique originel annonciateur et déclencheur de certains phénomènes et mouvements spirituels.

On souffle donc dans le shoffar, lors de certaines circonstances pour «mettre l’ennemi en déroute» (prétextant Amos 2/2), pour «appeler à la repentance» (sur la base d’Esaïe 58/1), pour «annoncer la présence de Dieu» (s’appuyant sur 1 Chron. 15/28), etc…

A priori, on ne voit pas pourquoi le meilleur accueil ne serait pas réservé à un shoffar dans l’église : où est le problème ? Après tout, il est toujours intéressant de pouvoir se rendre compte de plus près de certains détails culturels et historiques. Mais à partir du moment où des chrétiens souhaitent procéder à une incorporation dans l’Église — ici, un emprunt judaïque — justifiant cette importation par des arguments « spirituels », alors c’est le moment de poser certaines questions importantes. Par exemple : quelle est la place du shoffar dans le Nouveau Testament ?

L’épître aux Hébreux nous explique que la plupart des choses cultuelles du judaïsme étaient « l’ombre des choses à venir » (8/5), y compris le Tabernacle lui-même ; il est sans doute préférable de laisser dans l’ombre les choses que l’Esprit de Dieu a placées là, et de nous concentrer sur les réalités spirituelles qui ont été manifestées et dévoilées à Golgotha et qui ont inondé de leur lumière les enseignements des épîtres.

En plaidant contre le retour d’emprunts judaïques qui tentaient les Galates, l’apôtre Paul savait que ces sortes de propositions « spirituelles » sont des tentations. Elles préparent la seconde phase appelée « introduction », qui elle-même précède l’assimilation. C’est pourquoi il plaide pour une résistance aux velléités judaïsantes.

CE QUE DIT L’ESPRIT DU SHOFFAR

Personnellement, je ne sais pas si les démons s’enfuient au son du shoffar, comme le prétendent certaines des personnes qui en usent dans ce sens, mais je ne vois rien dans ma Bible pour le confirmer, aussi ai-je décidé de penser que cette théorie était spirituellement non fondée.  C’est une forme de principe de précaution, qui a fait ses preuves et gardé des générations de croyants au cours des siècles, à commencer par les fameux disciples de Bérée (qui semblent être une espèce en voie de disparition). Je crois en effet que Dieu nous demande de nous déterminer par rapport à Sa Parole et à l’œuvre accomplie en Christ et par Christ, et non à des témoignages, quand bien même seraient-ils sincères et convaincus. Alors j’ai décidé de ne pas croire à ces fables[1].

Je ne sais pas si le son du shoffar fait venir la présence de Dieu, comme le suggèrent ces personnes, parce qu’il est écrit, disent-ils, que «l’Eternel avance au son de la trompette» (Psaume 47/6). J’aimerais bien que ce soit aussi simple que ça dans l’église. Cela règlerait en effet bien des problèmes, mais je crains que cette vision n’entraîne des enfants de Dieu dans une interprétation un peu trop simpliste des lois spirituelles. Alors j’ai décidé de ne pas croire à ces fadaises.

Si le peuple de Dieu (une fraction, en fait) désirait adopter le shoffar et lui donner une place dans la vie spirituelle, le combat spirituel, le culte spirituel, alors je me sentirais libre de plaider à mon tour pour la réintroduction de la Bible en forme de rouleau (beaucoup plus proche de l’original) comme le pratiquait le peuple de Dieu — et Jésus lui-même ! Je demanderais également solennellement à ce que l’on sacrifie de nouveau la Pâque, une fois dans l’année, en vertu non pas d’une pratique culturelle, mais d’un commandement divin (excusez du peu). Et peut-être pourrions-nous en venir, après réflexion, à ENFIN nous laver les pieds les uns les autres, ce qui nous rapprocherait un peu plus des sentiments de notre Maître ?…

Et je suis sûr que nous trouverons encore une multitude d’autres «vérités» endormies à ramener dans l’église … «réveillée».

Plus sérieusement, si des enfants de Dieu sincères et bien intentionnés désirent «se faire plaisir» en jouant de la trompette dans les réunions, après tout, nous ne sommes plus à une mode près ! Mais qu’on ne fasse pas passer cela pour un acte spirituel aux retentissements célestes inspirés. C’est une tentation à laquelle le christianisme doit résister, tentation qui a toujours plus ou moins existé, et qui fait aujourd’hui un retour en force, cachée dans les bagages du respectable sionisme évangélique.

Imaginer que les démons nous seront assujettis parce que nous soufflons dans une trompette, c’est ramener le peuple de Dieu 3500 ans en arrière, devant les murailles de Jéricho, et peut-être même encore plus loin, dans des formes de magie qui ne disent pas leur nom. Ce ne serait pas la première fois que les hommes regarderaient un ancien instrument de Dieu comme toujours « actif », alors qu’il n’est devenu qu’une chose morte (cf le serpent d’airain 2 Rois 18/4).

Le shoffar exhumé du judaïsme N’EST PAS un instrument du sacerdoce chrétien, qui a été exemplarisé par le livre des Actes, et défini par les enseignements fondateurs des épîtres. Cette pratique messianique-chrétienne est une interprétation romanesque du rôle spirituel du sacrificateur, dont parle Paul à Tite (1/14), dans une sacrificature qui évolue en bonne part dans un imaginaire mystique et religieux, proche des fables chères aux croyants de la fin des temps (2 Timothée 4:4).

CONCLUSION

De la même manière que le Tabernacle a disparu pour laisser place au temple du Saint-Esprit (1 Cor. 3/16 et 6/19), c’est-à-dire tous ceux qui reconnaissent Christ comme leur Sauveur et leur Seigneur, ainsi également le shoffar a disparu et ne compte plus pour Dieu. Il nous a élus avant la fondation du monde pour que nous annoncions Sa Parole. Il a répandu Son Esprit — Son souffle — dans ce but précis. Il a fait DE NOUS Son chandelier en déclarant « Vous êtes la lumière du monde » ! Il a placé entre NOS MAINS l’administration de Ses sacrifices : « aux uns une odeur de vie », et « offrant sans cesse des sacrifices ». Combien il serait triste de remplacer l’œuvre parfaite accomplie par les esquisses abandonnées !

C’est toi que j’ai choisi pour être mon shoffar. Lorsque j’ai soufflé dans les narines de l’homme mon souffle de vie, J’ai montré prophétiquement ce que je désirais faire avec mes fils et mes filles, mes rachetés. Tu es mon shoffar. Je n’ai pas besoin d’une corne de bélier pour appeler mon peuple à la repentance, car j’ai donné ma vie et j’ai répandu mon Esprit pour cela. Mais TOI, Ouvre ta bouche, et je la remplirai. Je soufflerai en toi, le Souffle de ma bouche, le Rouah, et tu seras comme ma bouche, si tu sépares ce qui est vil de ce qui est précieux, et TU annonceras ma venue et mon règne.

Jérôme Prekel

www.lesarment.com


Ésaïe 58:1

Crie à plein gosier, ne te retiens pas; élève ta voix comme une trompette, et déclare à mon peuple leur transgression, et à la maison de Jacob leurs péchés.

Jérémie 3:12

Va, et crie ces paroles vers le nord, et dis: Reviens, Israël l’infidèle, dit l’Eternel; je ne ferai pas peser sur vous un visage irrité, car je suis bon, dit l’Eternel; je ne garderai pas ma colère à toujours.

Ézéchiel 21:17

Crie et hurle, fils d’homme! Car elle sera contre mon peuple, elle sera contre tous les princes d’Israël: ils sont livrés à l’épée avec mon peuple; c’est pourquoi frappe sur ta cuisse.

Jonas 3:2

lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie-lui selon le cri que je te dirai.

Zacharie 1:14

Et l’ange qui parlait avec moi me dit: Crie, disant: Ainsi dit l’Eternel des armées: Je suis jaloux d’une grande jalousie à l’égard de Jérusalem et à l’égard de Sion;

Jean 7:37

Et en la dernière journée, la grande journée de la fête, Jésus se tint là et cria, disant: Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive.



[1] 1 Timothée 1-4 : « et de ne pas s’attacher à des fables et à des généalogies sans fin, qui produisent des discussions plutôt qu’elles n’avancent l’oeuvre de Dieu dans la foi ».

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